Exposition
Le bleu de l’œil, Claude Lévêque

24 avril – 25 septembre 2015

Du 24 avril au 25 septembre 2015, le musée Soulages a présenté l’exposition Claude Lévêque « Le Bleu de l’Oeil ». Pour cette troisième exposition temporaire, Benoît Decron, directeur et conservateur en chef des musées du Grand Rodez, a invité l’artiste majeur de la scène artistique française et internationale à imaginer une installation pour le musée Soulages. L’installation s’est prolongée dans la ville de Rodez avec un parcours ponctué de phrases de néon jusqu’au musée Fenaille.

Le Bleu de l’Oeil

 « Soudain le ciel était devenu bleu. Il n’était pas seulement bleu, mais bleuissait, et bleuissait. C’était un bleuissement si délicat qu’il vous berçait de la certitude que cette délicatesse ne cesserait jamais. Ce bleu-là faisait resplendir la forêt tout entière. Et en même temps, le comédien, poursuivant sa route, voyait dans cette illumination des choses qui l’entouraient, la lumière d’un dernier jour, « de mon dernier jour ».
Peter Handke, La Grande Chute, Gallimard, 2014, Paris

À travers une scénographie unique, Claude Lévêque a invité le visiteur à se confronter à sa propre histoire. La proposition dans la salle des expositions temporaires du musée Soulages renvoyait à d’autres dispositifs in situ comme Le Grand Sommeil (Mac/Val, 2006), Le Rôdeur (Palais Farnese, Rome, 2006), The Diamond Sea (CRAC de Sète, 2010) ou Sous le plus grand chapiteau du monde (Musée du Louvre, 2015). Pour Le Bleu de l’Oeil au musée Soulages, le visiteur se déplaçait dans une clarté nocturne sous le ciel ou sous l’océan. Entouré d’ondulations bleutées, son pas s’enlisait. Une déambulation dans un espace éthéré à la fois liquide et aérien, parcourue de vibrations qui perturbent la perception sensorielle du lieu. L’installation du musée Soulages révèlait comme une fiction à la fois majestueuse, romantique et mystérieuse. Artiste sans concessions, Claude Lévêque isole le regardeur dans sa construction, une clairière éclairée çà et là d’éclairs de chaleur.

Le Châtiment au musée Fenaille

Le musée Soulages sera le point de départ d’un parcours qui ira du musée Soulages au musée Fenaille, écrin d’art et d’histoire, avec un dispositif lumineux intitulé Le Châtiment. L’installation placée au centre du musée, tenait en une interminable branche de bois, torse et desséchée, dressée sous le ciel de la verrière obscurcie. Cette sculpture conjugue le hasard de la collecte, un bois flotté aux formes fantastiques, et son tressement de néon rouge. Un signe, une écriture. « Une manière de décaper visuellement un dispositif qui sied habituellement aux musées de sculpture, ce « syndrome d’Orsay » », déclare Benoît Decron.

Parcours dans la ville de Rodez

Trois phrases de néon étaient positionnées dans des vitrines de commerces de la ville de Rodez pour ourler et ponctuer le parcours d’un site à l’autre. Ces phrases avaient une graphie fracturée, en accord avec l’autorité d’un sens lapidaire. Ces manifestations complémentaires composaient ce que le musée imaginait avec l’auteur comme un punctum monographique, également un parcours initiatique.

Claude Lévêque

Claude Lévêque est reconnu depuis de nombreuses années comme un artiste majeur de la scène française et internationale. Ses oeuvres se réfèrent à la culture populaire, à l’environnement quotidien et aux images mentales. Il crée des ambiances, des environnements et des objets tout en élargissant la dimension de l’installation par l’utilisation de l’efficacité sensorielle de la lumière et du son. Jouant de la capacité des oeuvres à provoquer des émotions visuelles et sensibles, il bouscule les habitudes perceptives et réactive des références culturelles nécessaires à sa création.

« L’essentiel de l’oeuvre de Claude Lévêque consiste en installations qui articulent objets, sons et lumières et s’emparent puissamment des lieux et des spectateurs. Il développe ainsi, depuis le début des années quatre-vingt, un univers du saisissement, à mi-chemin entre coercition et ravissement. Mémoire traumatisée ou nostalgique des émerveillements de l’enfance, ambivalence des signes et des affects, rage du désir, révolte devant la difficulté d’être et la violence du monde, l’univers de Lévêque trouve son matériau et focalise son objet dans la destruction. L’inconfort ou l’inquiétude existentielles qui sourdent de ses mises en scène, l’ambiguïté des sentiments que suscitent ses dispositifs emblématisent les formes contemporaines du contrôle social et de l’oppression — servitude volontaire ou non. « Nous voulons en finir avec ce monde irréel » proclame un néon de l’artiste, dans une écriture manuscrite dont les lettres tremblées, fiévreuses, figurent la condition dominée et/ou rebelle. Il s’agit d’une phrase de Florence Rey, fascinante icône française de la violence nihiliste. Cet énoncé radical donne le ton de l’oeuvre souvent théâtrale, spectaculaire, impressionnante de Lévêque. Elle n’use pourtant que de la dissymétrique force des faibles. Art total et art pauvre, art du réel dans sa cruauté et art du rêve dans ses inquiétants labyrinthes, art de l’égarement, entre panique et merveilleux. »
Texte de Christian Bernard pour le catalogue général de la 53ème Biennale de Venise